Sénégal | Crise alimentaire/énergétique, Economie de Marché : état des lieux et stratégie d’action.
La crise est à la mode. Crise alimentaire, crise énergétique, crise financière, subprimes, émeutes de la faim au Sud et résurgence de risques de famine. L’heure est grave et la situation risque d’empirer dans les semaines et les mois à venir. On dirait que la terre ne tourne pas dans le bon sens.
Devant cette situation de crise généralisée, l’Etat ne peut pas ne pas intervenir face aux limites prouvées de cette « main invisible » qui jusqu’ alors réguler l’économie. Certains parlent de « tsunami économique et humanitaire ». Il urge de prendre des mesures rapidement, d‘anticiper sur les implications et d’ériger l’Etat Providence.
Contexte et Etat des lieux
L’inflation des cours mondiaux est devenue presque incontrôlable. L’augmentation du prix des matières premières gène quotidiennement notamment nos dépenses liées au pétrole et agit directement sur les prix des denrées de première nécessité. En presque 3 ans, le prix du blé a augmenté de plus de 180%, les prix alimentaires de 50 à 83% sans que personne ne trouve rien à dire à la main invisible. Notre riz national n’est presque plus à notre portée pour un grand consommateur comme le Sénégal (600.000 tonnes importées). Ces inflations sont dues à la croissance démographique, à la diminution des surfaces cultivables (la production mondiale de colza et de mais a ainsi été détournée pour servir de matières premières au carburant bio), à la forte demande, à l’augmentation des prix des produits pétroliers. Rappelons que l’or a dépasse la barre mythique des 100 $ depuis Janvier 2008 tout cela à cause des crises financières, des spéculations, de la forte demande et de la méconnaissance du volume réel des ressources et réserves fossiles mondiales (les réserves mondiales de pétrole sont au plus bas depuis dix ans). Il faut dire que cette situation risque de virer au désastre à cause des crises géostratégiques dans les régions pétrolières et cela malgré la décision de l’OPEP de procéder à une augmentation de la production pétrolière de cinq millions de barils par jour d’ici 2012.
Notre pays le Sénégal reste encore dépendant stratégiquement de cet ordre mondial économique du fait de ses volumes d’importation exorbitants et cela en l’absence d’une autosuffisance nationale en riz et en énergie. Sans une réelle volonté politique, une réaction urgente et des perspectives énergétiques et alimentaires raisonnables, difficile de croire que notre économie pourra s’en sortir.
Stratégie d’action et perspectives
Cette situation de crise doit servir de motif pour réagir et déclencher une véritable dynamique de défense économique. La ou nos apprentis sorciers de la géopolitique semblent bien démunis devant la prospective, il faut réagir et vite.
A la vue de l’évolution de la crise alimentaire et de la croissance du prix du pétrole l’Etat ne peut plus se cantonner uniquement aux tâches régaliennes car le marché ne régule pas convenablement. Le dénominateur commun doit être la vitesse et la réactivité d’un état Providence. Il faut une vitesse d’exécution dans les mesures politiques et une vitesse de prise de décision afin de veiller à installer des mesures de subventions et un climat de surveillance de la marche dans la qualité et la fiabilité.
Aujourd’hui face à la dépendance stratégique en énergie et en denrées de première nécessite le riz en particulier, il faut une plus grande implication de l’Etat pour aller vers l’autosuffisance. Pour le riz il faut dire que la Vallée du Fleuve Sénégal a la capacité de régler la question de l’autosuffisance. Avec une superficie de 240.000 hectare le rendement peut aller jusqu’à 8 voire 9 tonnes/hectares. Ce qui réglerait définitivement cette question si les problèmes liés à l’eau, aux engrais et autres intrants et matériels de production se sont associés à la démarche. Une telle attitude doit s’inscrire dans une dynamique d’autosuffisance alimentaire en riz d’ici 2011 ou 2012. Pour l’énergie l’on se pose la question de savoir si le Sénégal peut s’orienter vers un avenir énergétique durable.
Au moment ou les réserves de pétrole sont à leur plus bas niveau depuis 25 ans, personne ne peut affirmer que les réserves prouvées (quelque 164 milliards de tonnes, soit 1 200 milliards de barils en 2005), peuvent satisfaire pleinement les besoins mondiaux au cours des 20 prochaines années. La meilleure solution demeure aujourd’hui le recours à la diversification des sources énergétiques et la réduction de la consommation d’énergie. La croissance de la consommation (qui était déjà de 10,5 milliards de Tonne équivalent pétrole (Tep) en 2005 et le passage du prix du baril de 1,80 dollar en 1970 à plus de 117 dollars aujourd’hui, poussent nos gouvernements à s’orienter vers l’hydraulique, le solaire, l’éolien, l’éolienne offshore, la biomasse, les biocarburants d’une manière générale.
Le recours à l’or vert et aux énergies renouvelables doit être une priorité parmi les priorités. Avec l’exploitation de l’hydro-électricité, le recours à l’éolienne onshore et offshore, la mobilisation autour du solaire avec les constructions à énergie positive et l’exploitation de la biomasse et des biocarburants de seconde génération, les pouvoirs publics installeront définitivement la rupture technologique nécessaire pour faire face à la demande mondiale d’hydrocarbures et la Fragilité du contexte géopolitique des réserves pétrole et gaz.
Cette démarche énergétique qui profitera à la création d’emploi mais aussi à la création de valeurs ajoutée nécessite des investissements énormes et un cadre juridique préalable, adéquat pour intéresser les capitaux étrangers et fonds de capital risque.
Afin d’envisager cette réponse en matière d’énergie, des politique anticipatrice, doivent être déclenchées, des objectifs de performances clairement fixés et des études techniques, faisables et bancables réalisées afin d’assurer la préservation de l’environnement, de maitriser tous les impacts du projet et d’arriver à sa réalisation.
La lutte contre les dépendances stratégiques s’inscrit dans une logique de défense économique nécessaire à l’Etat Providence de limiter les contraintes liées à la libéralisation économique internationale et à l’économie de marché, pour disposer des marges de manœuvre de politiques nationales permettant d’agir en faveur d’une « République sociale ».
Aboubacar sadikh Ndiaye,
sources:http://www.africanglobalnews.com/
Loading...