Economic warfare* et Intelligence Economique : Vers une stratégie de puissance économique pour le Sénégal

« La guerre est d’une importance vitale pour

l’État. C’est le domaine de la vie et de la mort : la conservation

ou la perte de l’empire en dépendent ; il est impérieux de le bien

régler. Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui le

concerne, c’est faire preuve d’une coupable indifférence pour la

conservation ou pour la perte de ce qu’on a de plus cher, et c’est

ce qu’on ne doit pas trouver parmi nous. »

Sun Tzu

 

Les tempêtes qui secouent les USA finissent toujours par traverser les océans et par l’effet contagion, toucher le monde capitaliste et c’est seulement plusieurs années après qu’elles se terminent dans les pays du Sud. Pour dire qu’on vit dans le même monde mais peut être pas toujours à la même époque. Apres la reforme agraire, la révolution industrielle et la civilisation de l’information, en Occident c’est la mobilisation active autour de l’économie de « l’attention ». L’ « économie de l’attention », émergeant dans un contexte de surplus et d’excès d’information est aujourd’hui en plein essor et le bien économique phare de cet ordre reste l’attention et la capacité à se mettre sur ses gardes pour disposer des nouveaux carburants de guerre grâce à l’ IE (Intelligence Economique).

L’intelligence économique serait selon Wikipedia cette trilogie : veille (acquérir l’information stratégique pertinente), plus protection du patrimoine informationnel (ne pas laisser connaître ses secrets) plus influence (propager une information ou des normes de comportement et d’interprétation qui favorisent sa stratégie).

Aujourd’hui  l’intelligence économique est un terme méconnu chez nos dirigeants africains. Il faut dire que la raison est assez simple. Le sous développement est  un poids tel que la gestion du quotidien confine bon nombre de décideurs dans les taches de survie. Un véritable pilotage à vue, presque pas de tableaux de bord et peu d’outils de gestion prospective et de pilotage stratégique. Le quotidien nous bouscule et chez nous l’avenir appartient à Dieu. La destinée des peuples africains a longtemps été entre les mains de sciences occultes irrationnelles, avec un défaut de mesure presque parfait. « L’émotion est négre et la raison Helene ».

Pourtant nous sommes au xxi siècle, on est a l’ère de l’information dit-on, à l’ère du démontrable rationnellement et du vérifiable objectivement. La mesure et la quantitative ont pris le dessus sur la chance et le hasard. Le manager et dirigeant autrefois très éclairé au sixième sens est révolu et son système de direction a connu une réingénierie totale afin de baser l’essentiel de ses stratégies et démarches sur le fondement d’outils décisionnels.

La suivie est certes une nécessite, elle a toujours été une nécessite en terre africaine et « la bataille du manger » n’est pas encore gagnée chez de nombreux peuples africains. Cependant elle ne doit être qu’une tactique à cote de la veille, de la prospection et de la planification qui doivent s’inscrire dans une démarche stratégique de développement durable.

Aujourd’hui l’avenir des pays africain réside plus dans cette vision de management public de type stratégique et collaboratif que dans la gestion unique des taches de survie.

Ainsi dans cette dynamique le Sénégal a initie il y a quelques semaines une journée d’information sur  l’intelligence économique. Cette journée a permis de faire connaitre l’intelligence économique et le concept est entré dans les colonnes de la presse nationale et africaine car  les quotidiens et magazines locaux ont tous couverts cet événement initié du coté  de la Présidence de la république du Sénégal. Un événement d’une portée scientifique et stratégique jamais organisé en Afrique subsaharienne disent certains

Cette initiative qui a mobilisé les agences de l’état (en charges des questions d’informations), comme l’ARTP( agence de régulation des télécommunication et postes) et l’ADIE ( agence informatique de l’état), vise sans doute à doter au Sénégal d’une stratégie de Puissance Economique. Avec la collaboration du centre d’Etudes Diplomatique et Stratégique de Dakar et l’expertise de l’EGE (école de guerre économique) de Paris, l’on peut affirmer solennellement que l’IE  fait ses premiers pas dans ce pays.

Au cours des travaux, plusieurs perspectives ont été abordées allant dans le sens de la création d’une école de formation en Intelligence Economique au Sénégal  et de l’introduction de l’IE dans les politiques publiques de ce pays.

Cette attitude du Sénégal va dans le sens de l’élaboration d’une stratégie de Défense Economique  avec l’appropriation de l’intelligence économique et de ses déclinaisons pour notre gouvernement, nos institutions et nos citoyens en quêtes d’informations stratégiques et décisionnelles. On le rappelle les déclinaisons de l’IE telles que l’intelligence territoriale, l’intelligence sportive,…etc, peuvent permettre à ce pays d’asseoir un certain avantage compétitif dans la guerre économique et dans les compétitions internationales

Le Sénégal comme pionnier de l’IE en Afrique au sud du Sahara vient coiffer toutes ces initiatives privée et individuelle (sans suivi réel) visant à conscientiser sur les enjeux et perspectives liés à l’appropriation de l’IE. L’IE doit être d’abord une affaire de l’Etat et Sun Tsu disait que : 

«  Un grand général doit savoir l’art des changements. S’il s’en tient à une connaissance vague de certains principes, à une application routinière des règles de l’art, si ses méthodes de commandement sont dépourvues de souplesse, s’il examine les situations conformément à quelques schémas, s’il prend ses résolutions d’une manière mécanique, il ne mérite pas de commander. »

 

Si  le Sénégal et l’Afrique sont aujourd’hui entrain de se lancer dans une telle démarche d’IE il faut souligner que l’Afrique n’a jamais été épargné par la guerre économique et elle a toujours était le terrain d’affrontement entre multinationales et entre unions économiques qui sont toutes conscientes des enjeux de la compétitivité internationale. Ces états là et ces communautés économiques ont compris très tôt les bienfaits de cette discipline et qui ont très tôt usé de ces pratiques.

On le rappelle l’IE a des les années 80 intéressée les USA qui ont réorienté 40% du potentiel de la Cia vers cette discipline et ses déclinaisons. Plusieurs pays ont suivi cette tendance et aujourd’hui la France , depuis 2004 dispose d’un panel d’outils et de process qui permette de dire qu’elle a désormais une stratégie de puissance économique.

 A nos maintenant de réussir notre IE, notre veille stratégique par le renseignement légal, avec la  collecte, l’analyse et la sécurisation de l’information qu’il nous faut pour asseoir une compétitivité sénégalaise loin d’être utopique.

Les étapes à franchir sont encore nombreuses cela va de la sensibilisation à l’introduction effective de l’IE dans les politiques publique,  à la mise en place de cellules d’IE dédiées aux Pme et aux Institutions en passant par la mise en place d’un référentiel de formation et l’élaboration du cadre juridique. Tous cela dans un élan d’intelligence collaborative pour mieux impliquer, mobiliser reprendre les meilleurs pratiques d’IE et éviter les erreurs commises ailleurs. Dans cette démarche de mise en place de la stratégie de puissance économique l’état du Sénégal  devra toujours chercher l’information nécessaire  aux entreprises, institutions et populations mais elle devra se faire dans une logique d’intelligence collaborative avec les autres pays de la zone afin d’arriver une station d’autosuffisances agro-alimentaire et énergétique.

Pour atteindre ce but presque aucun pays de la zone à lui seul n y arrivera seul mais comme dans la démarche de John Nash chaque pays doit s’occuper de lui et des autres pour que dans cette coopétition, il y ait un parfait « équilibre sans prédominance unitaire ».

La  bonne information est d’une extrême rareté, c’est aujourd’hui un capital immatériel décisif, un intrant stratégique à la prise de décision et son appropriation est un facteur clef de compétitivité pour toute personne physique ou morale soucieuse de son devenir.

Nous devons réussir définitivement notre émergence économique  par  le décryptage des tendances, des enjeux d’aujourd’hui et de demain. 

 Aboubacar Sadikh NDIAYE

 

* Guerre Economique.

IE : Intelligence Economique

 

Bibliographie et Webographie :

. L’art de la Guerre par Sun Tzu

. Theory of Games and Economic Behavior, 1944par John von Neumann et Oskar Morgenstern

. Two-person cooperative games, 1950 par John Nash

 

www.infoguerre .com

www,Wikipedia.com

www.decider.wordpress.com

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